L'AUTRE GALA

FRANCO DRAGONE - ARTURO BRACHETTI
 Juste Pour Rire II

J'étais très excité quand Arturo m'a demandé de remonter pour lui le classique des foulards qui dansent de Ralph Adam, ce numéro où un mouchoir de poche, emprunté d'un spectateur de la salle, prend soudainement vie et se met à danser à travers la scène et désobéir au magicien, jusqu'à même l'attaquer ou danser dans une grande bouteille en verre.  D'abord quelle belle idée que de ressortir ce classique du répertoire magique et de le remettre à la sauce Dragone / Brachetti; c'est une prémisse simple et efficace que J' A-D-O-R-E.  J'ai aussi beaucoup apprécié le clin d'oeil de Arturo à Monsieur Copperfield d'emprunter une cravate à un spectateur, ce qui rend le magique encore plus cohérent. Après avoir réglé toute la logistique technique, j'ai pris une semaine complète de répétitions pour préparer la chorégraphie avec Annie et Michel avant même de commencer le travail de mise en scène avec Arturo.  Et, connaissant Arturo, nous nous sommes assurés que « LE » moment où Monsieur et Madame Cravate sont dans ensemble dans la bouteille soit aussi chaud et osé que possible. Assurément, Arturo s'est vraiment dépassé avec ce numéro en créant des moments originaux et très divertissants comme celui où il repousse cette cravate qui tente de l'embrasser avec insistance ou la séquence de gags à saveur gay avec le lot de cravates rose, à pois, arc-en-ciel ou S&M cuirette.  Mon préféré étant cependant sa twist sur la finale où Madame cravate donne naissance à une ribambelle de petits noeuds papillons qui essaient de fuir de la bouteille.  Avec ce numéro, Arturo, qui a lui-même été un magicien hors pair au début de sa carrière, démontre à merveille comment la magie doit transcender les minables objets truqués et devenir une réelle expérience théâtrale entre un performeur et les objets auquels il donne vie. Mais ce gala fut surtout une aventure extraordinaire à côtoyer une équipe AAA de concepteurs comme Michel Crête au décor, Mireille Vachon aux costumes, Alain Jenkins aux accessoires ou Lüz Studio aux éclairages et une distribution de malades comme Captain Frodo, Otto Wessely, Soma marionnettes ou Ursula. 

Mercredi soir, j'ai assisté à L'Autre gala, celui d'Arturo Brachetti et Franco Dragone. Je vous le dis d'emblée, j'ai passé une très belle soirée. Chargé de clore le 25e Festival Juste pour rire, le spectacle est un pur divertissement, un feu roulant de numéros à couper le souffle.
 
Ici, enfin, l'humour est spectaculaire et cricassien, mais surtout universel et rassembleur. Franchissant la barrière des langues, transcendant la banalité du quotidien, la soirée est portée par le talent, l'agilité et le savoir-faire de ses multiples interprètes. Pour créer des liens entre les quelque vingt numéros du spectacle, Dragone (épaulé par le metteur en scène Pierre-Philippe Guay et le scénographe Michel Crête) a choisi de situer l'action dans un asile psychiatrique, une maison de fous où on rêve d'être enfermés. Des personnages étranges, des créatures intrigantes peuplent la scène, entrent et sortent, interagissent et font tourner en bourrique le maitre de cérémonie, l'attachant Brachetti, au demeurant très effacé. Une douce folie règne sur le plateau, une véritable complicité agit entre les membres de la troupe (dont plusieurs, il faut le dire, sont issus du populaire spectacle La Clique).

Le Français Salah a démontré sa grande maîtrise du breakdance. Le Québécois Charlypop, une véritable boîte à rythmes, a créé avec sa bouche une panoplie hallucinante de sons. Je n'en croyais pas mes oreilles! Les marionnettes endiablées de Soma International (Serge Deslauriers et Énock Turcotte), il faut se retenir pour ne pas danser avec elles.
     
L'acrobate David O'Mer a une fois de plus utilisé les sangles aériennes (et sa baignoire) de manière extrêmement sensuelle. The English Gents, les acrobates britanniques, ont offert un numéro de main à main époustouflant. Juché en hauteur, l'équilibriste Dany Daniels a mis le feu à la salle. Et que dire de Captain Frodo, ce contorsionniste qui se glisse presque facilement à travers deux raquettes de tennis? En plus, il est drôle.

Voilà le genre de production qui pourrait tenir l'affiche d'un endroit comme le Casino de Montréal des mois durant. Il est d'ailleurs question d'une tournée. Pour le moment, le spectacle est au Théâtre St-Denis 1 jusqu'au 29 juillet. Sautez-sur l'occasion! Rés.: 514 845-2322.


«Dis-moi qui sont tes amis, je te dirai qui tu es.» Cette devise farfelue collerait bien à Arturo Brachetti, qui nous présentait ses copains samedi dans le cadre du dernier gala Juste pour rire.
Le spectacle prenait l'allure d'un cabaret digne d'un red light des années 1900. Tout était en place pour un voyage dans le temps auquel le rocambolesque Arturo Brachetti nous avait conviés.

D'entrée de jeu, le célèbre transformiste nous a tout simplement subjugués par ses changements de costume à répétition. D'abord en astronaute, puis en agent de la Gendarmerie royale du Canada, en passant par Barbie et Spider-Man, tout ça en moins de temps qu'il n'en faut pour dire «Arturo!».

Le maître Brachetti était visiblement en grande forme. On le savait déjà rapide, car l'homme détient le record Guinness de celui qui se change le plus vite (moins de deux secondes), mais on ne pouvait s'empêcher de s'émerveiller devant tant d'adresse.

La première ovation debout est pourtant allée à Stéphane LeForestier, qui a fasciné les spectateurs avec son numéro de statue à deux têtes. Bouche bée, ceux-ci ont regardé religieusement les faits et gestes de cet homme qui se joue du temps.

L'as du diabolo

Puis a suivi Tony Frebourg, un as du diabolo, sorte de yo-yo d'origine chinoise, qui a multiplié les prouesses dans les airs, mais aussi sur terre. C'est que l'artiste est également gymnaste. Dommage, il a failli à deux reprises lorsqu'il tentait de jongler avec trois diabolos en même temps. Le pauvre devait s'en mordre les doigts.

Un magicien volontairement maladroit, Otto Wessely, a quant à lui osé nous dévoiler quelques trucs. Il nous a appris que les couteaux avalés par les grands maîtres se roulent dans la bouche comme une vulgaire feuille de papier.

Il nous a aussi montré que les cerceaux qui s'emboîtent pour ne plus se défaire peuvent facilement s'ouvrir au moment opportun. Mais ça, on s'en doutait. Peu importe, la foule a adoré.

Tout un bruiteur!

Un bruiteur époustouflant, capable de chanter du Michael Jackson tout en s'accompagnant de beats effrénés, a également reçu une ovation. Charlie Pop réussirait à animer une discothèque avec sa bouche et un micro comme seuls instruments.

Pour le plaisir de ces dames, le sculptural David O'Mer, de La Clique, est venu prendre un bain sur scène. Légèrement vêtu, il s'entortillait dans des sangles pour s'extirper de l'eau et grimper au-dessus de la scène du Saint-Denis.

Alors que certaines femmes se sentaient émoustillées, d'autres faisaient semblant d'être gênées. Quoi qu'il en soit, elles avaient toutes les yeux rivés sur lui avant de lui servir une ovation debout. Pendant ce temps, certains maris étaient restés assis et se regardaient, l'air de dire: «Bof! il n'est pas si hot que ça...»

Puis, le magicien Otto Wessely est revenu. Cette fois, il s'est montré flambant nu sur scène. Il voulait prouver qu'il ne cachait pas dans ses vêtements la cigarette qu'il faisait habilement disparaître.

Un peu perdu

Assurant les transitions entre les différents numéros, Arturo Brachetti était toutefois un peu mou. S'enfargeant dans ses présentations, n'étant ni drôle ni impressionnant, on le sentait un peu perdu, seul sur scène, sans ses costumes.

Ses amis lui ont finalement volé la vedette. Après tous ces numéros aussi magiques et envoûtants les uns que les autres et, surtout, après cinq ovations debout, le dernier passage d'Arturo Brachetti semblait beaucoup moins féerique. Tout à coup, ses changements de costume étaient beaucoup plus lents, son numéro sur Hollywood nous laissait sur un petit air de déjà-vu.

 

Franco Dragone, metteur en scène et concepteur du spectacle de Céline Dion à Las Vegas et de 10 des spectacles du Cirque du Soleil, montera un gala pas comme les autres qui clôturera le 25e festival Juste pour rire l’été prochain. Àl’animation, un habitué du festival de Gilbert Rozon : le transformiste Arturo Brachetti qui change de costume à la vitesse de
l’éclair. La Presse a rencontré Dragone et Rozon, hier midi


ALAIN DE REPENTIGNY
Quand Gilbert Rozon lui a proposé une collaboration pour le 25e festival Juste pour rire, Franco Dragone a été clair: « Gilbert,j’aimerais bien qu’on discute, mais on ne parle pas de gala.» Mais, comme le metteur en scène belge le disait à La Presse hier midi, certains arguments ont eu raison de sa réticence. «Vingt-cinq ans pour une institution, c’est plutôt rare. Je sais qu’on a fêté le 25e du Festival de jazz, le 20e du Cirque (du Soleil), mais justement, je n’ai pas été invité au Festival de jazz ni au
20e du Cirque. C’est risqué, on n’a pas beaucoup de temps, il faut
livrer la marchandise rapidement. Mais pour moi, il n’y a pas de petit spectacle.» Des projets, Franco Dragone, en a plein ses cartons, en Amé-
rique, en Europe, en Asie. Nous en reparlerons dans La Presse de samedi. Mais ces jours-ci, il est de passage à Montréal pour réviser tous les numéros de ce gala qui sera présenté au théâtre Saint-Denis du 25 au 29 juillet. Le concept ? Mettre en scène de 12 à 15 numéros d’humour visuel qui ont marqué les 25 présentations du festival. Mais attention, il ne s’agit surtout pas de reproduire platement ce que Dragone a baptisé les «millésimés» de Juste pour rire. Ainsi, Dragone pense au numéro classique de Jean Lapointe et son piano dans la tempête. Lapointe ne sera pas du gala et, explique Dragone, «il pourrait y avoir une suite à ce numéro que j’ai vu, c’était magnifique. Ou quelque chose qui se passe avant». «Si on reprend un numéro de Mr. Bean, quelqu’un d’autre va le faire, un Hollandais, je ne sais pas», ajoute Rozon. Le vaisseau amiral pour Gilbert Rozon, les galas sont le vaisseau amiral du festival Juste pour rire. «À l’occasion du 25e, on voulait le plus grand metteur en scène pour sacraliser le phénomène du gala.» En Brachetti, il tient un animateur qui, en 30 ans de carrière, a été maître de cérémonie dans les plus grands cabarets du monde, du Wintergarten de Berlin en passant par le Lido et le Moulin Rouge. Dragone et Brachetti se sont rencontrés à quelque reprises, à Paris, à Milan, à La Louvière, en Belgique, où Dragone élabore toutes ses productions. «Arturo va présenter tous les artistes et il pourrait faire certains de ses numéros et parfois même être intégré dans le numéro d’un autre, explique Dragone. J’ai vu son spectacle et ça m’intéresse de travailler avec lui sur le personnage d’Arturo, ça l’emballe lui aussi. J’aimerais lui trouver un costume particulier. Il en a 260 je pense, je vais lui en ajouter un autre.»  Dragone ne disposera pas de plusieurs mois de répétitions, mais de deux ou trois semaines pour tout mettre en place avec les artistes, ce qui est tout de même plus long que les deux ou trois
jours qu’on met habituellement à répéter un gala Juste pour rire.
« On va préparer plus de numéros que ce dont on a besoin, et on va se fier aux essais devant public (du 10 au 22 juillet, hors Montréal) pour savoir exactement ce qu’on garde », explique Rozon.  Une des raisons pour lesquelles Dragone ne voulait pas monter de gala, c’est le décor. Il a donc proposé de construire un nouveau décor qui sera utilisé pour tous les galas du festival. Pour le sien, il pourrait ajouter des éléments. Mais Dragone
ne se contentera pas de décorer la scène. « J’imagine que dans la rue Saint-Denis ces jours-là, il y a une troupe qui débarque de tous les coins du monde autour de Brachetti pour le 25e festival Juste pour rire, dit-il. La façade du Saint-Denis serait déjà transformée, les gens seraient ébahis avant d’entrer et dans tout le lobby, il y aurait des curiosités, des pièces phénoménales, bizarroïdes, ça irait d’oeuvres d’art de certains artistes à des mannequins et à des vrais personnages qui accueilleraient les spectateurs. J’ai une idée précise pour la façade, c’est super beau. » «Moi ce qui m’intéresse, c’est aujourd’hui et demain, poursuit Dragone. Le fait d’intervenir sur le décor, c’est un geste fort qui veut dire voilà, on vient de faire 25 ans, nous repartons pour 25 ans ! Et moi je veux faire le
plus beau gala du monde. »